PHILIPPE SHANGTI

INTERVIEW

Bonjour Philippe Shangti. Pour les lecteurs de Crush Magazine qui ne vous connaîtraient pas, pouvez-vous nous parler brièvement de votre parcours ?

 

J’ai commencé très tôt. A l’âge de 5 ans je tenais déjà un appareil photo dans les mains, et à 14 ans je l’ai fabriqué moi-même car je voulais comprendre comment on parvenait à capter une image dans une boîte. Avec le temps et au fil de mes rencontres, mon orientation est devenue évidente. J’ai d’abord travaillé à St-Tropez, où j’ai rencontré de nombreux artistes et où j’ai créé mes tout premiers concepts artistiques ; j’ai alors compris que j’étais fait pour ça. Aujourd’hui, ça fait près de dix ans que je réalise de l’art contemporain dans des disciplines très variées. J’ai commencé avec la photographie, puis avec le temps j’ai étendu mon art à la sculpture, à la vidéo et aux spectacles vivants.

 

Vous êtes un artiste engagé cherchant à sensibiliser les esprits à travers son art ; comment parvient-on à sublimer quelque chose de violent ?

 

Je ne voulais pas faire de l’art juste pour dire que c’était beau. Mon but était d’utiliser ce moyen pour diffuser des messages. Le challenge a toujours été de dénoncer les dénis et les vices existants de notre société.  Je parle de certains fléaux que l’on côtoie par exemple dans la jet-set tropézienne ou à Miami, ces endroits qui sont pourtant des destinations phares ! Avec « No Cocaïne Here », la série photographique qui m’a lancé, je souhaitais justement dénoncer la consommation excessive de paradis artificiels ainsi que le déni, très souvent associé à ce type d’abus.

 

J’ai alors travaillé sur des visuels photographiques avec un message clair et en anglais, ici « No Cocaïne Here » pour le rendre accessible au plus grand nombre, tout en sublimant la photographie. Je voulais qu’elle soit agréable à regarder, qu’elle agisse comme un déclencheur cérébral afin de sensibiliser les esprits. Je pense que notre esprit retient davantage ce qu’il trouve beau.

Le challenge était donc de sublimer le message pour interpeller et faire en sorte que l’on s’en souvienne. L’utilisation de l’esthétique, me permet de dénoncer des causes de façon plus habile. Dans mes autres collections, je parle aussi d’alcool, de prostitution, de pollution et plus récemment d’émancipation des femmes !

 

 

Pouvez-vous nous parler de votre nouvelle série d’œuvres photographiques « No Topless here » ?

 

Comme mes autres collections (« No Pollution Here », « « No Prostitution Here », ndlr), elle se compose d’une dizaine d’œuvres d’art photographiques et de sculpture. Cette nouvelle série  est une véritable ode à la femme. Elle évoque notamment la liberté d’expression des femmes et leur émancipation. Le but est d’interpeller le public, et d’utiliser le corps comme un support de revendication.

 

J’ai pour cela utilisé les œuvres de Léonard de Vinci comme « Mona Lisa », « La Belle Ferronnière » ou encore « Marie-Madeleine ». Nous avons alors transpercé les tableaux de maitre que nous avions reproduits, en y faisant ressortir des muses vivantes passant au travers de l’œuvre.

Elles sont toutes en topless, avec du body painting et donnent l’impression de peintures vivantes, un peu comme si elles disaient : « Maintenant ça suffit ! Laissez-nous faire ce que l’on veut à travers l’art ! »

 

Vous êtes pressenti pour représenter la Principauté d’Andorre à « La Biennale de Venise 2019 », quest-ce que ça représente pour vous ?

 

D’abord c’est très touchant. Je ne m’attendais pas à ce que le gouvernement me fasse confiance à ce point. Ça fait 2 ans que je vis en Andorre, c’est un endroit fabuleux dans lequel on se sent protégé. On vit en pleine nature, c’est un grand bol d’oxygène et l’inspiration y est très forte, artistiquement parlant. Pour ce concours nous ne sommes plus que deux artistes en lice.

Chacun a donc préparé sa maquette pour le Pavillon Andorran avec l’espoir d’être finalement sélectionnés. Je ne peux pas tout vous dévoiler, mais dans le cas où mon travail est retenu, je peux d’ores-et-déjà vous dire qu’il y aura des sculptures monumentales, des photos, de la vidéo, des senteurs.

Tous les sens seront en éveil dès l’entrée dans le Pavillon. Il y aura aussi du spectacle vivant lors de l’ouverture de la Biennale. L’idée, est de rendre les sculptures vivantes, et de faire en sorte que les gens puissent entrer dans mon univers à proprement parler. Avec mon équipe nous travaillons sur ce projet tous les jours depuis des mois, et j’ai déjà l’impression d’y être ! (rires)

 

Concrètement, comment se déroule une séance photo avec Philippe Shangti ? Est-ce quelque chose de très préparé, ou au contraire laissez-vous une grande part à l’improvisation ?

 

On la prépare énormément en amont. On travaille avec des story-boards, comme au cinéma, on monte un décor, on recrute des modèles.

On a une importante logistique en ce qui concerne le travail de lumière, de régie, d’accessoirisation, et ça prend beaucoup de temps. Mais ce qui va prendre le plus de temps, c’est avant tout l’idée.

La trouver, la préparer, et en prendre conscience. Une fois qu’on est sûrs du concept, on passe à l’action.

Là, l’équipe et les modèles se mettent en place, et il faut réussir à réaliser la scène dans la journée.

C’est là où le challenge est important, ce n’est pas que de l’accessoirisation, il y a aussi une émotion à installer sur une image qu’on doit capter en un instant précis.

On a vraiment une seconde, pendant laquelle on doit tout avoir en même temps ! Ce qui n’est pas toujours facile quand il y a 20 modèles sur une même scène.

 

Où peut-on se procurer vos œuvres ?

 

On peut les retrouver au sein du réseau international des galeries « Bel Air Fine Art » ainsi que dans les galeries « Art Angels » à Los Angeles et Miami. Mes œuvres sont également exposées lors d’évènements éphémères principalement organisés par un galériste itinérant CM art invest.

 

J’ai aussi mon propre musée en Andorre où l’on peut découvrir notamment mes dernières pièces.

 

Enfin, je suis à l’origine d’un concept à St-Tropez qui s’appelle « L’OPERA » : chaque année pendant 6 mois, on peut y découvrir mes œuvres en avant-première, tout en venant y manger, écouter de la musique et voir les spectacles vivants que je propose.

C’est un univers très intense, dans un lieu très atypique et au sein duquel j’aime transporter le visiteur dans mon imagination. J’y vais l’été, mais le reste du temps tout est réalisé depuis nos studios en Andorre, jusqu’aux costumes, il y en a 300 pour cette saison.

 

Et puis bien entendu, toutes mes oeuvres sont présentées sur le site internet www.philippeshangtistudio.com et sont disponibles sur commande.

 

 

 

Interview by Trina for Crush Magazine